Développer notre potentiel de réussite : Un investissement urgent dans l’avenir du Canada
Notes pour le discours de Roberta Jamieson, Présidente directrice générale, Fondation nationale des réalisations autochtones
Comité sénatorial permanent des affaires sociales, des sciences et de la technologie. Ottawa, le 10 décembre 2009
Segon! Tansi! Bonjour, je vous adresse mes meilleurs vœux!
Je débute en faisant part de ma reconnaissance et de ma gratitude à la nation algonquine car nous sommes aujourd’hui dans son territoire traditionnel.
Ma présentation portera essentiellement sur l’avenir de nos enfants, l’avenir du Canada.
Quelles sont nos obligations envers l’avenir alors que bous prenons des décisions dans le présent ?
Nous devons nous demander quelles sont les mesures que nous allons prendre pour que le groupe canadien qui connaît la plus forte croissance démographique puisse réaliser son plein potentiel ; je parle ici des jeunes des Premières nations, métis et inuits.
Cela ne va pas « se produire par hasard ».
Si nous observons la croissance de la population autochtone et considérons l’avancée de la population non autochtone, nous voyons que nous n’avons pas beaucoup progressé et les statistiques montrent que cet écart se creuse au lieu de se réduire.
En 2004, le vérificateur général du Canada a prédit qu’au taux actuel d’amélioration, il faudra 28 ans aux Autochtones pour rattraper les non-autochtones.
Les données du recensement 2006 de Statistique Canada indiquent qu’en 2001, le taux de diplomation de la population autochtone a passé de 6% à 8% alors que celui des non-autochtones a passé de 20% à 23%.
Autrement dit, l’écart s’est encore creusé. (1)
Il y a quelque mois, le Centre d’étude des niveaux de vie a attiré notre attention sur des faits économiques indisputables et inéluctables : si nous ne faisons pas quelque chose au sujet de l’éducation de la jeunesse autochtone, des centaines de milliers de jeunes ne pourront pas aider le Canada à faire face à une diminution de la population active.
Ces jeunes ne pourront pas non plus apporter leur contribution à l’économie canadienne.
Au lieu de cela, l’indifférence contribuera à amplifier un déficit social grandissant, soit le coût de maintenir d’entières communautés dans un perpétuel état de pauvreté.
C’est un prix élevé qui sera payé en termes humains et économiques.
Le rapport du Centre montre qu’une économie de 115 milliards de dollars sur 15 ans peut être réalisée au niveau des dépenses si les jeunes autochtones se préparent à atteindre leur plein potentiel en vue d’apporter leur contribution à la main-d’œuvre canadienne.
Cela serait aussi très salutaire pour l’économie :
si l’écart entre l’éducation et l’emploi parvenait à être comblé au cours de cette période, l’impact cumulatif sur le PIB du Canada serait estimé à 401 milliards de dollars.
La plupart des activités économiques des peuples des Premières nations, des métis et des inuits sont intégrées dans l’économie canadienne.
Les problèmes auxquels nous faisons face ont un impact économique sur nos vies ainsi que sur le Canada et les vies des canadiens.
Je crois qu’être conscients de ce fait est important à double titre pour toute analyse économique et pour les délibérations de cette Commission.
Le faible rendement des activités économiques des autochtones est un frein pour l’ensemble de l’économie et ne pas reconnaître le potentiel économique des peuples des Premières nations, des métis et des inuits est une perte coûteuse.
A mon sens, le rapport du Centre est un réel appel à l’action :
« Investir dans l’éducation des autochtones ne sera pas seulement un avantage pour la population autochtone… ce sera aussi un avantage pour l’ensemble de la population canadienne… »
« La clé pour élever le niveau d’éducation est d’accroître le nombre des jeunes qui terminent l’école secondaire car, en plus d’augmenter le poids de la contribution économique, cela crée aussi davantage de diplômés universitaires.
Alors que le niveau des inscriptions des étudiants non autochtones est à la baisse et, de ce fait, réduit le nombre d’étudiants qui s’intéressent aux études universitaires, les efforts des institutions postsecondaires de recruter et de retenir des étudiants autochtones n’en revêtent que plus d’importance.
Nous faisons donc face à trois défis :
le premier est d’accroître de nombre d’étudiants autochtones qui terminent leur école secondaire ;
le second est que les étudiants autochtones qui le souhaitent puissent accéder à un niveau d’éducation postsecondaire, cela en disposant des ressources financières qui leur permettent de terminer leurs études avec succès et en supprimant les barrières qui leur en interdisent l’accès ;
le troisième est qu’il y ait une aide qui permette à ceux qui veulent entrer à l’université de réussir leurs études et d’obtenir un diplôme.
Ma position de présidente directrice générale de la Fondation nationale des réalisations autochtones est idéale car elle me permet de voir les deux côtés de la médaille : ce qu’il se passe lorsqu’un étudiant ou une étudiante autochtone reçoit un soutien financier et ressentir la souffrance de ceux qui ne peuvent poursuivre leurs études.
La Fondation est un organisme de bienfaisance enregistré.
Son mandat spécifique est d’encourager les personnes, les groupes et les communautés des Premières nations, métis et inuits, de les rendre plus forts et de les aider à transformer leur extraordinaire potentiel et leurs aspirations en une réussite continue et un avenir plus radieux.
La Fondation offre aux jeunes des Premières nations, métis et inuits plus de bourses d’étude que n’importe quelle autre agence au Canada en dehors du gouvernement fédéral – jusqu’ici, 32 millions de dollars ont été distribués à plus de 8 400 récipiendaires – en 2008-2009, nous avons distribué 4,6 millions de dollars à 1 341 récipiendaires.
Je suis donc à même de voir ce que les étudiants des Premières nations, métis et inuits font en vue d’atteindre leur plein potentiel et de changer leurs vies.
Permettez-moi de vous expliquer comment la Fondation travaille.
Nos récipiendaires sont choisis par plusieurs jurys composés de représentants de diverses organisations.
La Fondation a mis en place des politiques et des procédures pour garantir une bonne gestion des fonds qui lui sont confiés. Notre travail est dirigé par un conseil d’administration composé d’experts très compétents.
La Fondation dispose d’une méthodologie de distribution qui lui permet d’assurer un accès équitable aux bourses d’études à tous les récipiendaires potentiels, qu’ils soient des Premières nations, métis ou inuits de tout le Canada.
La Fondation a mis en place des procédures de mesure des performances qui garantissent que les objectifs de ses programmes de soutien financier sont atteints – la Fondation accepte volontiers d’être jugée sur les résultats de son travail.
La Fondation a mis en place des politiques et des procédures pour garantir la conformité entre les accords d’aide financière et les mécanismes de rapport des donateurs.
La Fondation procède à ses propres révisions et vérifications internes afin de s’assurer qu’elle se conforme à ses propres politiques et procédures.
Ceci est le régime de responsabilisation que nous avons mis en place.
Lorsque des bourses d’excellence ou d’étude sont octroyées, la Fondation suit et contrôle les progrès des étudiants : nous disposons de statistiques sur la situation économique, les besoins, l’âge, le sexe, si les étudiants déménagent pour aller à l’école, etc.
Mais la Fondation a aussi une autre façon de travailler dont je fais l’éloge auprès de ce Comité :
elle reçoit le soutien du gouvernement fédéral et des gouvernements provinciaux ainsi que d’entreprises mécènes et de philanthropes.
Si le Canada veut relever le défi de décerner des diplômes d’éducation postsecondaire à un plus grand nombre d’étudiants autochtones, il faut que tous ses secteurs confondus coopèrent.
Nous sommes fiers du travail de la Fondation, mais ne sommes en revanche pas satisfaits que nos moyens financiers ne nous permettent de couvrir que 27% des demandes d’aide.
Nous savons que de nombreux étudiants potentiels n’iront jamais à l’université car ils n’ont pas accès aux ressources qui leur permettent d’y entrer.
Il est difficile d’obtenir des chiffres : En 2000, on estimait que 9 500 étudiants des Premières nations attendaient un soutien financier des Affaires indiennes et, depuis, l’augmentation incessante du coût de l’éducation a entrainé une baisse de 7 000 étudiants. (2)
Je sais qu’il y a environ six ans, lorsque j’étais chef des Six-nations, nous avions 400 étudiants sur notre liste d’attente.
Je me rends aussi compte de la tragédie et de la déception qu’entraîne le manque d’argent, lorsque nous n’en avons plus assez pour les bourses d’étude.
Veuillez excuser la référence personnelle mais nous pouvons tous penser au nombre d’étudiants de la qualité de la sénatrice Lillian Dyck qui ne pourront jamais apporter leur contribution de la façon dont l’a fait la Dr Dyck, par le seul fait qu’ils n’auront pas accès à une éducation postsecondaire.
J’espère que ce Comité continuera à s’engager dans le chemin qui mène au succès de cette entreprise pour que les peuples des Premières nations, métis et inuits puissent apporter leur contribution à nos communautés, au Canada et au monde.
En tant qu’autochtones, nous savons qu’actuellement nos principaux atouts sont nos gens et nos jeunes.
Nous sommes persuadés que leur éducation, aussi bien au niveau des valeurs traditionnelles qu’au niveau de la science et des approches actuelles, n’est pas seulement la clé du succès de notre économie et de notre prospérité dans les décennies à venir, mais aussi celle du succès du Canada.
Aucune entreprise ne peut se permettre de laisser ce potentiel inexploité et inutilisé et le Canada ne fait pas exception.
La Fondation considère chacune de ses contributions financières comme un investissement et j’espère que vous voyez les choses de la même façon.
Pour que le Canada puisse avoir un avenir prospère, il est essentiel que nous investissions dans les ressources et l’énergie qui permettront aux jeunes des Premières nations, métis et inuits de réaliser leur plein potentiel.
La Fondation investit dans notre avenir et notre avenir est l’avenir du Canada.
Gitchi miigwetch! Nia:wenkowa! Merci beaucoup.
Ekose.
(1) Statistique Canada, 2008, Educational Portrait of Canada, recensement 2006. Ottawa: Statistique Canada, p. 19.
(2) A la page 7 du rapport de l’audit interne de l’AINC on peut lire : « L’audit a aussi révélé que le recrutement d’étudiants dans le programme a baissé au cours des huit dernières années et a passé de 27 000 étudiants (1998/99) à 22 000 étudiants (2006-2007). » Sur la base de ces chiffres, une diminution supplémentaire de 2 000 étudiants a été calculée pour la période 2006 à 2009.
Submitted by julie on Thu, 2010-02-04 19:15
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